20 octobre 2017
Accueil » addictologie » Mise en garde de l’ANSM sur l’usage récréatif des substances volatiles chez les jeunes

Mise en garde de l’ANSM sur l’usage récréatif des substances volatiles chez les jeunes

L’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé inscrit à la rubrique Addictovigilance de son bulletin Vigilances (n°64 février 2015) une mise en garde sur l’usage récréatif volatiles chez les jeunes.

Les produits concernés par l’usage récréatif de substances volatiles (gaz propulseurs d’aérosols, colles, etc.), comme les substances qu’ils contiennent (toluène, propane, butane, difluoroéthane, éther, etc.), sont nombreux et variés.

Les données de l’enquête ESCAPAD 2011 ont montré que l’expérimentation des « colles et solvants » concerne 5,5 % des adolescents de 17 ans interrogés. Ces produits se classent ainsi au 3ème rang, derrière le cannabis (41,5 %) et les poppers (9 %).

A la suite du décès en juin 2012 à Brest d’un adolescent ayant inhalé une bombe aérosol, le réseau des CEIP (Centre d’Évaluation et d’Information sur la Pharmacodépendance) a réalisé deux bilans des cas d’utilisation détournée d’aérosols à visée récréative rapportés. Le second a été réalisé en 2014 en collaboration avec l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et le Comité de Coordination de Toxicovigilance (CCTV).

De janvier 2000 à juin 2013, le réseau des CEIP a collecté 59 notifications spontanées concernant des hommes dans 71 % des cas. La tranche d’âge 10-15 ans est la plus représentée (49,1%). La répartition par substance volatile abusée (SVA) montre une nette prédominance des aérosols (>50%), atteignant 70 % chez les 10-15 ans.

Les conséquences peuvent être graves :

  • après une intoxication aiguë, le tableau clinique est dominé par un syndrome ébrionarcotique. La dépression du système nerveux central est généralement modérée, régressant rapidement après arrêt de l’exposition. Elle est néanmoins dose-dépendante et peut aller jusqu’à la perte de connaissance. Une asphyxie peut également survenir pouvant entraîner, selon le degré d’hypoxie, des troubles de la coordination avec tachycardie et tachypnée jusqu’à convulsions avec risque d’arrêt cardiorespiratoire ;
  • une exposition massive, répétée et prolongée (plusieurs mois à plusieurs années) à des solvants peut conduire à une leuco-encéphalopathie d’apparition progressive, avec atteinte neurologique et neuropsychiatrique. Les cas les plus sévères peuvent présenter des séquelles irréversibles. Par ailleurs, l’atteinte peut être périphérique : névrite optique (toluène) ou neuropathies sensitive-motrices (n-hexane, protoxyde d’azote). Une atteinte rénale et/ou hépatique et/ou hématologique est aussi possible ;
  • une dépendance psychique est décrite chez certains usagers, avec un craving (envie irrépressible de consommer) souvent décrit comme important. Une tolérance aux effets des SVA peut ainsi se manifester dès 3 mois d’abus hebdomadaire (5 % des cas des CEIP). Des cas de sevrage sont observés dans environ 12% des cas.

L’accès libre à ces produits et la sous-estimation de leur dangerosité expliquent vraisemblablement leur utilisation détournée.
L’ANSM rappelle que les professionnels de santé doivent déclarer tout cas d’abus ou de pharmacodépendance dont ils ont connaissance au CEIP dont ils dépendent.

Charlotte PION
Marie-Anne COURNÉ
marie-anne.courne@ansm.sante.fr