17 octobre 2017
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Module 1 : Le tabac, notions essentielles

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Histoire du tabac en Europe

1/ Quelques éléments d'histoire

1/ Quelques éléments d'histoire

1995 l’État français se désengage de la SEITA qui s’est privatisée
1940 premières études épidémiologiques prouvant la toxicité du tabac
1884 premières cigarettes fabriquées de façon industrielle (Machines de James Albert Bonsack – 120 000 cig/jour)
1809 la nicotine est découverte par Louis Nicolas Vauquelin, Professeur de Chimie à l’École de Médecine de Paris
1629 Richelieu crée le premier impôt sur le tabac
1561 Jean Nicot envoie des feuilles de tabac

2/ Qu'est-ce que le tabac ?

2/ Qu'est-ce que le tabac ?

Définition

Nom Masculin
Plante herbacée (solanacée) dont plusieurs espèces sont cultivées comme ornementales et l’espèce principale pour ses feuilles riches en nicotine.
Ces feuilles sont séchées et préparées pour fumer, priser, chiquer ou pour fabriquer des cigares, cigarettes.
Source : Larousse

La culture du tabac

Le tabac est une plante annuelle herbacée (Nicotiana tabaccum) atteignant de 1,50 à 2 m de haut.
Ses feuilles entières peuvent mesurer 80 cm de long sur 40 de large. La graine, très petite, ne peut être semée directement. Le semis est effectué sous châssis vers la fin mars. Les plants sont repiqués 2 mois plus tard en pleine terre. La cueillette intervient environ 3 mois plus tard.

3/ La législation en France

3/ La législation en France

2009 Interdiction de la vente de tabac aux mineurs de moins de 18 ans. Le décret d’application est paru en mai 2010.
2006

15 novembre, Décret

Ce décret fixe les conditions d’application de l’interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif. Il renforce l’interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif dans le but de lutter contre le tabagisme passif : lieux fermés et couverts accueillant du public, lieux de travail, établissements de santé, transports en commun, enceintes des écoles, collèges et lycées publics/privés,…

2000

Budget Kouchner

Un budget est accordé pour des consultations en tabacologie.

1991

Loi Evin

Cette loi met l’accent sur la prévention et l’information du public et renforce pour le volet tabac le caractère restrictif de la loi 1976. Elle interdit toute publicité pour le tabac, impose de nouveaux avertissements sanitaires sur les paquets, interdit de fumer dans tous les lieux à usage collectif (public ou privé) et sort le tabac de l’indice des prix afin d’en faciliter les augmentations de prix.

1976

Loi Veil

Cette loi limite la publicité en faveur du tabac à la seule presse écrite. Les emballages doivent comporter un message sanitaire « Abus dangereux ». Des interdictions de fumer doivent être établies dans tous les lieux à usage collectif où cette pratique peut avoir des conséquences dangereuses pour la santé.

4/ Les chiffres à retenir

4/ Les chiffres à retenir

  • Le tabac est l’une des causes les plus importantes de décès dans le monde;
  • En France, le tabagisme est la première cause de mortalité prématurée évitable, avec environ 73 000 décès chaque année, soit 200 individus par jour;
  • Chez les personnes âgées de 15 à 75 ans, tous sexes confondus, la prévalence du tabagisme quotidien a augmenté de 26,9% à 28,7% entre 2005 et 2010. Cette augmentation concerne surtout les femmes;
  • En moyenne, l’âge de la première cigarette est de 11 ans et 4 mois;
  • 750 000 personnes arrêtent de fumer chaque année en France durant au moins 1 an, soit plus de 2 000 personnes/jour.
  • 20 milliards de cigarettes fumées chaque jour dans le monde par 1,1 milliard de fumeurs. En France, ils sont 15 millions soit 1/3 des 15-85 ans.
  • le nombre moyen de cigarettes (roulées, industrielles, cigares, cigarillos, pipe) fumées par jour en France pour les hommes est de 14,8. Pour les femmes, c’est 12,3.

5/ L'industrie du tabac

5/ L'industrie du tabac

Les industriels du tabac

L’industrie du tabac regroupe des compagnies internationales qui sont parmi les plus puissantes du monde. Six principaux fabricants de tabac se partagent 99 % du marché des cigarettes. En 2006, 55,8 milliards de cigarettes ont été vendues en France (contre 80,5 milliards en 2002), ce qui représente un chiffre d’affaires de 13,3 milliards d’euros (contre 13, 5 milliards en 2002).
« La nicotine est addictive. Nous faisons donc le métier de vendre de la nicotine, drogue addictive efficace dans le relâchement des mécanismes du stress. » (Addison Yeaman – VP de B et W)

Production et Marketing

  • Marketing intensif auprès des jeunes même si la loi l’interdit. « L’adolescence et la post-adolescence sont un période de stress psychologique intense, d’agitation et d’ennui. […] L’image de soi, fragile et en développement , de la jeune personne nécessite tout le soutien et la valorisation disponible. […] Cette valorisation de l’image de soi a été traditionnellement un thème de promotion fort pour les marques de cigarettes et doit continuer à être utilisée. … » (C. Teague Jr)

Le marketing doit remplir 2 principales missions : attirer de nouveaux clients et fidéliser les clients en favorisant de nouveaux achats.

  • Aujourd’hui, les techniques de marketing des cigarettiers sont nombreuses (sponsoring sportif et événementiel, presse féminine, mode, cinéma, …) et particulièrement efficaces.

6/ La cigarette

6/ La cigarette

La cigarette

Une cigarette contient du tabac, de la nicotine, des agents de saveur et de texture (inscription sur les paquets de cigarettes).
Mais une fois allumée, la cigarette devient une usine chimique.

Arômes et additifs

Les additifs ajoutés volontairement au tabac ainsi que les substances destinées à assurer la bonne croissance de la plante (pesticides,…) vont dégager en brûlant des produits de combustion supplémentaires dont on ne connaît pas toujours les effets sur la santé.

Arômes

Chocolat, sucre, miel, caramel, réglisse, … diminuent l’âcreté du tabac et habituent le consommateur à un goût, une odeur spécifiques qui accrochera quelqu’un à une marque de cigarettes plutôt qu’à une autre.
Différents arômes, comme la vanille, sont utilisés pour plaire aux jeunes et aux fumeurs débutants.

Additifs

Ce sont les substances ajoutées au tabac dans les cigarettes par les industriels.

  • Ammoniac : la nicotine (agent générant la dépendance) existe sous 2 formes : libre et liée aux protéines du tabac. La nicotine libre est plus facilement absorbée par l’organisme du fumeur. L’intérêt de l’industrie est d’augmenter l’efficacité de la nicotine et augmenter le pourcentage de nicotine libre. L’augmentation du pH du tabac par l’adjonction d’ammoniac augmente le pourcentage de nicotine libre en diminuant l’acidité du tabac. L’objectif est d’améliorer l’administration de nicotine sans avoir à augmenter la teneur en nicotine totale (qui est inscrite sur le paquet!).
  • Menthol : masque certaines odeurs désagréables pour l’entourage du fumeur. Il a des vertus d’anesthésique local léger avec un goût agréable. Il diminue la sensation d’irritation de la bouche, de la gorge. Il permet des inhalations plus longues et plus profondes, augmentant ainsi la pénétration de la nicotine et par conséquence, l’augmentation de la dépendance.
  • Agents humectants : facilitent l’inhalation de la fumée
  • Accélérateurs de combustion, agents liant à base de colle, … : ce sont les mêmes que dans les détergents ménagers, insecticides, …
  • Le génol et menthol ont des vertus adoucissantes sur les voies respiratoires et masquent l’effet irritant de la fumée.
  • Vanille : pour adapter le goût des cigarettes aux jeunes et aux fumeurs débutants (les cigarettes « bonbons » : aromatisées, elles ont été interdites en France en Mars 2009)
  • Cacao : Dilate les voies respiratoires pour que la fumée ait un accès plus facile aux poumons
  • D’autres additifs rendent le courant secondaire de la fumée moins repérable, empêchant les fumeurs passifs de s’en protéger

7/ La combustion

7/ La combustion

Combustion

Un certain nombre de produits polluants contenus dans la fumée de combustion des matières organiques brûlées ne sont pas spécifiques à la substance qui se consume. Qu’il s’agisse du tabac, du cannabis, du charbon, du bois, du papier, du pétrole ou de l’essence qui brûle, on y trouve invariablement des particules de goudrons et un gaz toxique : le monoxyde de carbone (CO).

On y trouve aussi des milliers d’autres substances dont certaines restent mal connues. En revanche, un certain nombre d’autres produits issus de ces combustions vont être spécifiques de la substance que l’on fait brûler (ex : de la nicotine dans le tabac, du THC dans le cannabis, …).

La combustion de la cigarette provoque la formation de nombreuses substances toxiques, dont les goudrons et les gaz toxiques.

Quand le fumeur « tire » sur sa cigarette, il inspire et attire l’oxygène contenu dans l’air inspiré. La température de combustion de tabac est de 850°C. C’est une combustion complète, c’est-à-dire qu’un grand nombre de substances carbonées sont détruites par la chaleur.

En revanche, si la cigarette se consume lentement dans le cendrier, la combustion sera lente et incomplète. Le nombre de substances libérées dans l’air sera alors important, la fumée sera plus toxique.

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8/ La fumée

8/ La fumée

Que contient la fumée de cigarette ?

La fumée de cigarette est un aérosol, un mélange de gaz et de particules qui contient 4 000 substances. Certaines sont inoffensives (vapeur d’eau, air ambiant,…) mais la plupart sont toxiques.

Plus de 70 de ces substances sont cancérigènes.

La liste des substances cancérigènes ne fait que s’allonger au fil des années.

9/ Composition de la fumée de cigarette : la nicotine

9/ Composition de la fumée de cigarette : la nicotine

Nicotine

Substance chimique spécifique au tabac : molécule de la famille des alcaloïdes (création de dépendance).

La nicotine est présente dans :

  • la feuille de tabac (à des taux de concentration variables selon les parties de la plante);
  • la fumée de cigarette (sous forme de particules en suspension);
  • les produits dérivés (cigares, cigarillos, tabac à rouler, joints, chicha, …).

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La nicotine entraîne une dépendance physique à la cigarette.La nicotine qui est addictive n’est pas toxique.

La dépendance apparaît dès les premières semaines d’exposition et même pour une faible consommation de tabac. (voir Chapitre « Dépendance »).

10/ Composition de la fumée de cigarette : le monoxyde de carbone

10/ Composition de la fumée de cigarette : le monoxyde de carbone

Monoxyde de Carbone (CO)

Gaz incolore et inodore mais extrêmement dangereux, on peut le retrouver libéré par les pots d’échappement des voitures. Chaque année, plusieurs centaines de personnes décèdent intoxiquées par le CO libéré par un appareil de chauffage défectueux. On peut le mesurer dans l’air expiré avec un analyseur : le CO-Testeur.

La demi-vie dans le sang est de 6 heures (toutes les six heures, la moitié du CO présent dans l’organisme est éliminé). Quand on ne fume pas pendant 24 heures consécutives, il ne reste quasiment plus de CO dans le sang. Le monoxyde de carbone a la propriété de se fixer sur l’hémoglobine (Hb) du globule rouge à la place de l’oxygène.

Il en résulte un moindre taux d’oxygène dans le sang et les organes. Pour pallier à cet état de fait, l’organisme va mettre en circulation des globules rouges supplémentaires afin d’apporter, tant bien que mal, de l’oxygène au niveau des organes. Ce phénomène d’adaptation augmente la viscosité du sang. De plus, tirer sur une cigarette donne des pics d’adrénaline. En conséquence la fréquence cardiaque et la pression artérielle augmentent ce qui, associé à l’augmentation de la viscosité du sang, accroît le risque d’accident cardiaque et vasculaire.

11/ Composition de la fumée de cigarette : autres substances

11/ Composition de la fumée de cigarette : autres substances

Les goudrons Les irritants
Principales substances responsables des cancers liés au tabagisme. Recouvrent les poumons d’une substance gluante brun-noir. Effets nocifs sur les tissus et les muqueuses (le fumeur d’un paquet/jour inhale 250ml de goudron par an, soit environ 2 pots de yaourts). L’acroléine est un irritant majeur. Composé toxique qui irrite les muqueuses et la peau (utilisée pendant la guerre comme gaz de combat).+ acide cyanhydrique+ dérivés gazeux cancérigènes (hydrocarbures aromatiques polyinsaturés)
Les harmanes Les dioxines
Substances aux propriétés antidépressives ayant un effet potentiellement addictif chez le fumeur au même titre que la nicotine. Substances présentes en petites quantités. Toxiques même en cas de prise quotidienne infime.
Les métaux lourds Les substances radioactives
Présence de cadium. Une fois dans le corps, il met 70 ans pour être évacué (utilisé notamment dans les batteries de voiture).
Présence également de plomb, mercure, … en faible quantité.
Traces de polonium 210 qui resteront très longtemps radioactives et qui provoqueront différents types de cancers.

12/ Les courants

12/ Les courants

Les courants fumées

Il est important de bien différencier les courants des fumées.

  • Le courant principal est le courant de fumée inhalée par le fumeur.
  • Le courant secondaire (ou latéral) est celui qui s’échappe de l’extrémité de la cigarette.
  • Le courant tertiaire est celui que le fumeur rejette à l’expiration.
  • La fumée tertiaire : substances toxiques contenues dans la fumée et qui subsistent après que le fumeur ait éteint sa cigarette. Cette fumée reste piégée dans les cheveux, la peau, murs, tissus, tapis, meubles, jouets… et finit par polluer l’air ambiant dans le lieu où le fumeur fume souvent.

Le courant secondaire est celui qui contient le plus de produits toxiques.

L’absorption

L’absorption dépend du pH de la fumée. Ainsi, plus on aspire, plus la fumée va loin.

Exemples :

  • Tabac brun : pH alcalin (cigares) : absorption de la nicotine à travers la muqueuse buccale
  • Tabac blond : pH acide (cigarettes blondes) : absorption de la nicotine à travers la paroi des bronches

13/ Les machines à fumer

13/ Les machines à fumer

Les indications (teneurs en goudrons, nicotine et monoxyde de carbone) sur les paquets de cigarettes proviennent des machines à fumer. Ces indications sont des leurres aucunement utilisables même à titre indicatif par le fumeur.
Les « machines à fumer » fument 20 cigarettes simultanément et déterminent de façon expérimentale en laboratoire les conditions standards définies par l’industrie du tabac et la norme ISO-3308.

Or, en réalité chaque fumeur fume différemment, selon les variables suivantes :

  • nombre de bouffées inhalées ;
  • volume des bouffées ;
  • temps entre chaque bouffée ;
  • fumer en partie ou totalement la cigarette ;
  • manière dont la cigarette est tenue (par le filtre, par le centre, …) ;
  • aspiration de la fumée (favorisant plus ou moins la combustion) ;
  • lieu où l’on fume.
  • Plus un fumeur est dépendant de la nicotine, plus il tire sur sa cigarette pour « satisfaire ses récepteurs », plus il inhalera de produits toxiques.

14/ Tabac à rouler, cigarettes en tubes

14/ Tabac à rouler, cigarettes en tubes

Tabac à rouler

Idées reçues :

  • « fumer des roulées est moins dangereux que fumer des cigarettes industrielles »
  • « le tabac à rouler est naturel, il est moins nocif (voir non-nocif) par rapport au tabac industriel »

En réalité : Le tabac à rouler contient 3 à 6 fois plus de substances toxiques que les cigarettes industrielles.
La norme ISO-3308 de l’Union Européenne prévoit pour la commercialisation des cigarettes industrielles une teneur en goudrons inférieure ou égale à 10mg/unité.
Or, les cigarettes roulées en contiennent plus, environ 14 à 17 mg/unité.

Cigarette en tube

Il existe egalement des cigarettes « tubées ». Ce sont des tubes de papier à cigarette, pré-collés, avec ou sans filtre intégré. Il faut remplir le tube de tabac. Des appareils existent pour faciliter la manœuvre.
Ces cigarettes sont aussi toxiques que le tabac à rouler puisqu’elles utilisent le même tabac que celui à rouler. De plus, le tabac y est plus ou moins comprimé, ce qui rend la combustion incomplète.

15/ Équivalences

15/ Équivalences

Ne pas oublier

  • 1 cigarette roulée/tube = 2 cigarettes industrielles
  • 1 cigarillo = 3 cigarettes industrielles
  • 1 cigare = 10 cigarettes industrielles
  • 1 joint = 10 cigarettes industrielles
  • 1 session de chicha = 20 cigarettes industrielles