21 août 2017
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La confédération des buralistes va lancer une nouvelle marque de cigarette LCB. Un partenaire la produira en Bulgarie, avec du tabac français.

L’info du Figaro.fr nous apprend que les buralistes s’apprêtent à lancer une marque rivale de Marlboro, Camel, Gauloises et Lucky Strike. Le projet a été préparé dans le plus grand secret par la Confédération des buralistes, regroupant les 25.000 débitants de tabac de France. Celle-ci a déposé le nom «LCB – La Cigarette du Buraliste». Le 1er février, la ministre de la Santé et le secrétaire d’État au Budget ont homologué quatre références de la marque LCB, qui sera commercialisée dans les prochaines semaines.

La Cigarette du Buraliste est une marque de distributeur (MDD), sur le modèle des groupes de distribution agroalimentaire qui développent des gammes au nom de leur enseigne (Carrefour, Casino, Monoprix Gourmet, U) et labels exclusifs (Marque Repère chez Leclerc, Reflets de France chez Carrefour, Jean Rozé chez Intermarché…).

En général, les MDD sont 20 à 30 % moins chères que les marques nationales. Pour les cigarettes, cela ne sera pas le cas. LCB pourrait même être vendue dix centimes de plus que les paquets les moins chers (Gauloises, Lucky Strike). Marisol Touraine et Christian Eckert ont homologué leur prix à 6,60 euros. Le système de taxation des cigarettes ayant été modifié depuis, le gouvernement a demandé une nouvelle liste de prix, remise le 17 mars par les industriels. Un nouvel arrêté est attendu, pour une entrée en vigueur avant la présidentielle.

«Il est hors de question que nous fassions du dumping, contrairement à certains industriels, confie Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes. Notre principale préoccupation est de proposer aux débitants une cigarette produite exclusivement pour le marché français, et non disponible dans les pays limitrophes. C’est un symbole fort. Nous demandons en vain depuis des années au gouvernement un grand plan de lutte contre le fléau du marché parallèle. La France est devenue une vraie passoire!»

Les buralistes n’ont pas l’intention d’assurer la production de leur cigarette, par exemple en reprenant l’usine Seita de Riom, que son propriétaire Imperial Brands a décidé de fermer. La confédération s’est associée à la filiale française de l’allemand Poeschl, cinquième acteur du tabac sur le marché français en volume, avec 4,9 millions d’euros chiffre d’affaires en 2015. Poeschl, qui exploitera LCB sous contrat de licence avec la Confédération des buralistes, est surtout connu pour sa marque Corset, que Marisol Touraine a décidé d’interdire à compter de janvier 2018.

Pour produire la LCB, Poeschl est associé à KT International, héritier du monopole bulgare du tabac. La Cigarette du Buraliste sera donc fabriquée en Bulgarie. «Nous n’avons ni force commerciale ni force industrielle, justifie Pascal Montredon. Mais nous avons exigé que nos cigarettes soient produites en partie avec du tabac français.»

Homologation paradoxale

Alors que l’arrivée du paquet neutre, obligatoire depuis janvier, doit entraîner la disparition de certaines marques, l’homologation de LCB est paradoxale. Interrogé par Le Figaro, le cabinet de Christian Eckert a renvoyé sur celui de Marisol Touraine, qui a renvoyé sur celui de Christian Eckert…

Cette nouvelle concurrence a de quoi faire tousser les industriels du tabac, qui travaillent depuis des décennies avec les buralistes. Leur crainte? Que ces derniers, détenteur du monopole de la distribution de cigarettes, ne favorisent LCB au détriment de leurs produits. Toutes les conditions sont réunies pour cela. D’une part, le paquet neutre va réduire l’attractivité des marques ; ensuite, le lien personnel entre le buraliste et ses clients favorise la promotion de cette MDD ; enfin, les cigarettes n’étant pas en libre-service, le commerçant dispose d’un rôle clé dans la vente, puisque c’est lui qui s’empare des paquets…

La situation est d’autant plus insupportable pour les cigarettiers que le gouvernement a fait un cadeau aux buralistes en fin d’année, en augmentant leur rémunération de 6,9 % du prix de chaque paquet l’an passé à 8 % en 2021, au détriment de la rémunération des cigarettiers (11 % l’an passé). Les géants du tabac pourraient multiplier les recours pour dissuader les buralistes de forcer la vente de LCB, voire demander une remise en cause de leur monopole, proposée par la Cour des comptes dans son dernier rapport.

À la confédération, on réfute que LCB, qui lui rapportera des royalties, soit une source de revenu supplémentaire pour les débitants. Ce serait pourtant un atout bienvenu, car la conjonction du paquet neutre et de hausses de prix dans les mois et années à venir pourrait réduire les ventes de cigarettes…